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Le bail dérogatoire

Le bail dérogatoire constitue une alternative intéressante au bail commercial classique dont la durée particulièrement longue peut se révéler contraignante pour le bailleur comme pour le locataire. La conclusion d’un bail dérogatoire n’engage les deux parties que pour une durée de 36 mois incluant les éventuels renouvellements du bail, ce qui permet au locataire de préparer le développement d’une entreprise nouvellement créée et au bailleur d’éviter de payer des indemnités d’éviction en cas de refus de renouvellement du bail. Il est néanmoins nécessaire de s’astreindre à respecter la durée maximum prévue pour le bail dérogatoire : en effet, tout dépassement entraîne la requalification du contrat en bail commercial classique et l’application de la réglementation qui y est attachée.

LA DURÉE MAXIMALE DU BAIL DÉROGATOIRE EST DE 36 MOIS

Le bail dérogatoire ou bail de courte durée, est un dérivé du bail commercial. En vertu du bail dérogatoire, un propriétaire bailleur met à disposition d’un locataire des locaux destinés à l’exploitation d’un fonds commercial, industriel ou artisanal. Toutefois, comme son nom l’indique, le bail dérogatoire permet d’échapper au régime légal des baux commerciaux, consacré par les articles L145-1 et suivants du Code de commerce. La principale particularité du bail dérogatoire réside dans sa durée. En effet, conformément à l’article L145-4 du Code de commerce, la durée légale d’un bail commercial est de neuf ans. Il s’agit d’une durée minimale. La durée du bail dérogatoire ne peut pas excéder 36 mois, soit trois ans, renouvellements du bail dérogatoire éventuels compris. Ce principe est consacré par l’article L145-5 du Code de commerce. Cette durée maximale a été rallongée : elle était auparavant de deux ans.  Il peut s’agir indifféremment d’un bail unique d’une durée de 36 mois ou bien de plusieurs baux successifs dont la durée cumulée ne dépasse pas 36 mois. En revanche, il n’existe aucun minimum légal.


AVANTAGES DE LA DURÉE DU BAIL DÉROGATOIRE POUR LE LOCATAIRE

La durée du bail dérogatoire réduite à 36 mois maximum (bien plus que la durée maximale d’une location saisonnière qui est de 120 jours par an) présente des avantages considérables pour le locataire.
En particulier, si une jeune entreprise souhaite commencer à exploiter un fonds de commerce et qu’elle n’est pas certaine de rencontrer un franc succès, la conclusion d’un bail dérogatoire peut constituer une alternative intéressante. Ainsi, le locataire n’aura pas à conclure un bail commercial d’une durée minimale de neuf ans avec une faculté triennale de résiliation (à l’expiration d’une période de trois ans minimum), ce qui peut s’avérer contraignant.
A noter: Le bail dérogatoire peut être meublé, ce qui peut être une option intéressante pour des entrepreneurs souhaitant se lancer. A contrario, en cas de développement de l’activité commerciale du locataire, celui-ci pourra rapidement quitter les lieux pour trouver des locaux plus grands et développer son chiffre d’affaires.

AVANTAGES DE LA DURÉE DU BAIL DÉROGATOIRE POUR LE BAILLEUR

Conclure un bail dérogatoire présente également des avantages considérables pour le bailleur. En particulier, il convient de rappeler que le locataire titulaire d’un bail commercial bénéficie de la propriété commerciale. À ce titre, il a droit au renouvellement du bail commercial. Si le bailleur refuse, celui-ci sera tenu de verser au locataire une indemnité d’éviction dont le montant sera calculé afin de couvrir l’intégralité du préjudice subi (transfert ou perte du fonds de commerce, frais de déménagement, droit au bail, etc.).
En revanche, le locataire titulaire d’un bail dérogatoire est déchu de la propriété commerciale. Ainsi, si le locataire souhaite renouveler le contrat de bail dérogatoire, en respectant la durée maximale de 36 mois, alors le bailleur pourra refuser de plein droit l’offre de renouvellement sans avoir à verser une quelconque contrepartie financière au locataire.

DURÉE DU BAIL DÉROGATOIRE ET RÉSILIATION ANTICIPÉE 

Comme le régime légal du bail dérogatoire vise à échapper à celui régissant les baux commerciaux, Il n’existe aucun texte juridique encadrant la résiliation du bail dérogatoire. En principe, ni le bailleur ni le locataire ne peut donc résilier de façon anticipée le bail dérogatoire en cours.
A noter: Si le locataire décide quand même de quitter les lieux, il sera tenu au paiement des loyers jusqu’à l’arrivée au terme du bail dérogatoire. Toutefois, pour échapper à ce principe, il est possible d’insérer dans le contrat de bail dérogatoire une clause de résiliation anticipée. Dans ce cas, les modalités de la rédaction de cette clause sont librement négociées entre les parties (le bailleur et le locataire).
A noter: Dès que ces conditions sont fixées dans la clause de résiliation anticipée du bail dérogatoire, le contrat a valeur de loi. Les modalités de la résiliation anticipée du bail précaire doivent donc être absolument respectées pour que le congé soit régulier et valable aux yeux de la loi.

DÉPASSEMENT DE LA DURÉE DU BAIL DÉROGATOIRE

En cas de dépassement de la durée maximale du bail dérogatoire (36 mois, soit trois ans), il existe un risque de requalification du bail dérogatoire en bail commercial. En effet, si le bail dérogatoire arrive à son échéance et que le locataire se maintient dans les locaux loués, alors le bail sera automatiquement requalifié en bail commercial.
A noter: Le contrat de bail commercial sera alors soumis aux dispositions des articles L145-1 et suivants du Code de commerce susvisés. Pour éviter la requalification du bail dérogatoire en bail commercial, le bailleur doit empêcher la possession juridique des locaux loués par le locataire à l’issue du bail dérogatoire en manifestant son refus du renouvellement du contrat. En refusant le renouvellement du bail dérogatoire, le bailleur ne prend donc aucun risque et ne sera tenu au versement d’aucune indemnité. A NOTER: D’après un arrêt rendu par la troisième chambre civile de la Cour de Cassation le 8 juin 2017, si le bailleur ne prend aucune disposition pour obtenir la restitution des clés des locaux avant le dépassement de la durée maximale du bail dérogatoire, alors les juges considèreront que le bailleur ne s’oppose pas au maintien du locataire dans les locaux. De facto, le bail dérogatoire sera requalifié en bail commercial. Il convient de noter qu’une jurisprudence constante considère que si le bailleur utilise frauduleusement le régime des baux dérogatoires pour échapper au régime légal des baux commerciaux, alors il ne peut pas demander la requalification du contrat en bail commercial.

 LE LOYER DU NOUVEAU BAIL COMMERCIAL CONCLU À L’EXPIRATION DU BAIL DÉROGATOIRE

Le loyer du nouveau bail, prenant effet à l’expiration du bail dérogatoire, doit correspondre à la valeur locative. En effet, le bail soumis au statut des baux commerciaux parce que le locataire a été laissé en possession des locaux, est un « premier bail ». Cela implique que l’article L.145-33 du Code de commerce constitue à lui seul le cadre de la détermination du prix du loyer alors applicable si les parties ne s’accordent pas. En effet, le loyer du nouveau bail prenant effet au terme du bail dérogatoire doit correspondre à la valeur locative, à défaut d’accord entre les parties. Elle devra s’effectuer en fonction de l’évaluation de la valeur locative, et en fonction de la règle du plafonnement, limitant l’augmentation du loyer à la variation d de l’ILC intervenu depuis la dernière fixation du loyer.